Les coupes rases en Morvan, à qui profite le crime ?

La pratique de la coupe rase est un sujet qui passionne depuis plusieurs années, notamment en Morvan. Le Morvan est un massif très boisé qui se situe en plein cœur de la Bourgogne, partagé entre ses quatre départements : Côte d’Or, Nièvre, Saône et Loire et Yonne. Tout le monde a son avis et donne son avis sur les coupes rases : des travailleurs forestiers aux touristes, des retraités néo-ruraux aux habitants depuis toujours, des politiques en campagne électorale aux associations ultra-écologistes, des élus locaux aux citoyens, et même de tout un chacun depuis son canapé. Mais au fait, sur quelles données se base-t-on pour donner son avis ? Pourquoi y’a-t-il des coupes rases en forêt ? Quels moyens sont mis en place pour limiter ces coupes rases ? Qui profite des coupes rases ?


Histoire du Morvan et des coupes rases


Le Morvan a toujours été très boisé, un boisement qui s’est accéléré depuis les années 1950 et l’exode rural. Les terres morvandelles difficiles à exploiter et peu rentables pour leurs habitants ont été délaissées, reprises en feuillus pour certaines parcelles et enrésinées pour d’autres. Depuis le XVII siècle, deux types de peuplements sont prépondérants en Morvan, le taillis simple principalement et le taillis sous futaie. D’après les historiens ces forêts étaient très claires, dans ces deux peuplements le taillis était coupé à ras tous les 30 ans environ. Ce bois destiné au bois de chauffage était utilisé localement, mais aussi principalement pour « chauffer Paris ». Chaque peuplement subissait alors une coupe rase tous les 30 ans, les pratiques ont bien changées aujourd’hui.


D’où vient cette médiatisation des coupes rases ?


Suite à des alertes de plusieurs associations, médiatisé par les réseaux sociaux et des reportages, articles, vidéos d’associations, d’influenceurs, de politiques et du PNRM - Parc Naturel Régional du Morvan, la connaissance du grand public des coupes rases en Morvan a pris de l’ampleur. On compare désormais les coupes rases en Morvan à la déforestation amazonienne.


Expérimentation d’abaissement du seuil de coupe rase


Le PNRM soucieux de mettre en avant ses paysages forestiers considère qu’il n’a pas les moyens d’agir pour limiter les coupes rases. Une expérimentation est donc mise en place sur 12 communes morvandelles pour abaisser le seuil de demande d’autorisation des coupes rases à 2ha afin de les limiter. Cette expérimentation couvre une surface de 42 823 ha de forêts, soit 28% de la surface forestière morvandelle.


Conclusion de l’abaissement du seuil de coupe rase à mi-parcours


Les premières conclusions comptabilisent seulement 4 demandes sur 1 an, soit un nombre de dossier coupe rase très nettement inférieur aux prévisions : un poste a été prévu à mi-temps pour faire face aux prévisions initiales de demandes de coupes. Seuls 2 dossiers sont concernés par l’abaissement de seuil, tous les dossiers sont justifiés par le fort dépérissement d’arbres, et notamment d’épicéas. Ce sont donc pour la totalité des coupes sanitaires et non économiques, et ces 4 demandes représentent 0.04% de la surface expérimentale.


Etude quantitative des coupes rases


En parallèle de cette expérimentation, une étude quantitative des coupes rases a été réalisée par le CNRS – Centre National de Recherche Scientifique : le projet FoSoMo – Des FOrêts à ménager ? Gestions du FOncier sylvicole et gouvernance territoriale des SOls dans le Morvan. Une cartographie statistique des coupes rases a été réalisée en recoupant plusieurs méthodes cartographiques.


Conclusion de l’étude quantitative des coupes rases en Morvan


La conclusion du rapport indique que la totalité des coupes rases représente 0.5% des surfaces par an. On est donc bien loin du ressenti amplifié par les différents canaux médiatiques et les réseaux sociaux. On peut aussi dire qu’annuellement 99.5% des forêts ne subissent pas de coupe rase. Ces coupes sont réalisées majoritairement suite à des attaques de scolyte sur l’épicéa. On constate 0.24 coupe rase/km²/an.


Les coupes rases sont-elles légales ?


Quasiment 100% des coupes rases sont légales et donc justifiées. On note récemment une coupe illégale en Morvan, cet acte est condamné par le tribunal et par l’ensemble de la filière forestière.


Pourquoi des coupes rases ?

Bien que ces coupes soient extrêmement minoritaires, plusieurs facteurs peuvent amener à les réaliser :

  • Les coupes sanitaires : suite à des dépérissements, notamment dans les épicéas, frênes, châtaigniers et hêtres ces dernières années
  • Les coupes de taillis simple : le mode de gestion historique du taillis, de moins en moins utilisé. Il est judicieux d'irrégulariser le taillis et de diminuer son volume au profit de la futaie.
  • Les coupes de futaie régulière : bien que visuellement la totalité des grands arbres soient coupés, ces coupes sont techniquement appelées coupes définitives
  • Les coupes de transformation : ce type de gestion permet de passer rapidement d'un peuplement à un autre en passant par une plantation


La coupe rase n’est pas et ne doit pas être un but en soi mais un moyen de gérer et d’améliorer un peuplement. Après ces coupes, il y a toujours de la forêt qui se régénère naturellement ou qui est plantée.

 

Quelles alternatives à ces coupes ?

Quand la surface le permet, les peuplements peuvent être gérés en irrégulier : on prélève une partie du bois mais il reste toujours un couvert forestier. Ce mode de gestion est mis en œuvre par la majorité des gestionnaires forestiers et présente de nombreux avantages. Le morcellement de la propriété est le principal frein à cette gestion. En effet, le prélèvement de bois est plus faible et le volume ne permet pas toujours d’intervenir.

La moyenne médiane des coupes rases est de 0.9 ha, un regroupement de chantiers ou de propriétés permettrait d’atteindre des surfaces suffisantes pour intervenir avec un mode de gestion différent. Par exemple, il n’est pas possible d’intervenir en irrégulier sur une surface de 0.9 ha qui représente moins de ½ jour de travail pour un débardeur.

 

Qui profite des coupes rases ?

Grâce à la surmédiatisation des coupes rases, une étude quantitative des coupes rases et une expérimentation ont pu voir le jour. Ces deux études démontrent très nettement que les vidéos des réseaux sociaux et les actions médiatiques ne reposent pas sur des faits. D’ailleurs, la majorité des vidéos communiquent sur les coupes rases et non sur la forêt.

Les principaux profiteurs des coupes rases ne sont donc pas les forestiers :

  • les politiciennes et politiciens en recherche d’électeurs et de notoriété
  • les influenceurs qui se rémunèrent par différents moyens grâce à leur notoriété
  • certaines associations qui récoltent des milliers, voire des centaines de milliers d’euros grâce à des dons de fondations et de particuliers
  • des entreprises rémunérées pour réaliser des reportages à charge et percutants

 

Et les forestiers dans tout ça ?

Les communiquants parlent des forestiers souvent comme des destructeurs de forêt alors que nous sommes bien les principaux acteurs de la forêt d’aujourd’hui et de demain. Nous mettons en place de nombreuses pratiques forestières vertueuses en faveur de la forêt et de la biodiversité. L’enquête annuelle IFN – Inventaire Forestier National sur la ressource forestière montre que la forêt bourguignonne est gérée à plus de 50%, voire à plus de 75% dans certaines zones, c’est bien que les forestiers gèrent correctement les forêts. Les réseaux sociaux et médias communiquent sur 0.5% des pratiques de gestion forestière, alors qu’il serait plus intéressant de mettre en avant les autres pratiques qui représentent 99.5%.

 

Sources 2022 sur les coupes rases

Cet article a été rédigé en se basant sur de nombreuses sources, parmi lesquelles les principales sont :

  • Compte-rendu groupe travail forêt du PNRM
  • Etude cartographique FoSoMo par le CNRS
  • Présentation du GT Forêt du PNR Morvan par la DRAAF – Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt
  • IFN – Enquête statistique annuelle