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Le nématode du pin en France : une menace émergente pour la forêt

Le nématode du pin est un insecte ravageur qui a fait son apparition en France en 2025. Le risque sanitaire est immense, des moyens sont mis en place pour stopper sa propagation. 

Une première détection en France qui change la donne

Jusqu’en 2025, la France était l’un des rares grands pays forestiers européens encore épargnés par le nématode du pin. Cette situation a pris fin avec la première détection officielle en novembre 2025 dans les Landes, à Seignosse, marquant une étape majeure dans la gestion sanitaire des forêts françaises.

Ce ravageur, déjà présent au Portugal et en Espagne depuis plusieurs années, était considéré comme une menace inévitable. Son arrivée en France confirme les inquiétudes des scientifiques et des gestionnaires forestiers.

Qu’est-ce que le nématode du pin ?

Le nématode du pin (Bursaphelenchus xylophilus) est un ver microscopique phytopathogène - qui infecte les végétaux -originaire d’Amérique du Nord. Invisible à l’œil nu (1 mm de long), il colonise les tissus conducteurs des arbres, provoquant une maladie appelée flétrissement du pin.

Un fonctionnement redoutable

Le nématode se développe dans le bois, il est transporté par un insecte vecteur : le longicorne du genre Monochamus. Il bloque la circulation de la sève : l’arbre meurt rapidement, parfois en quelques semaines.

Quelles conséquences sur les arbres ?

Les symptômes sont spectaculaires et rapides :

  • Jaunissement puis brunissement des aiguilles
  • Arrêt de la circulation de la sève
  • Dessèchement total de l’arbre

Ces symptômes peuvent ressembler à un stress hydrique, mais la rapidité d’évolution est un indicateur clé. La mortalité est quasi systématique sur les espèces sensibles, notamment les pins maritimes, très présents dans le Sud-Ouest. Le changement climatique accentue le phénomène : les arbres stressés par la sécheresse deviennent plus vulnérables et favorisent la propagation du ravageur. 

Zones infectées en France

À ce jour, la contamination reste localisée mais surveillée de près.

Zone principale (2025–2026) département des Landes (Nouvelle-Aquitaine), communes concernées :

  • Seignosse
  • Soorts-Hossegor
  • Angresse
  • Saubion


Organisation du zonage autour du foyer initial

Deux zones zones sont distinctes :

  • Zone infestée : rayon de 500 mètres
  • Zone tampon : jusqu’à 20 km autour. Cette zone couvre environ 36 000 hectares de peuplements résineux sensibles.

 

Des restrictions fortes sur la gestion forestière

La découverte du nématode a déclenché des mesures sanitaires strictes, imposées par la réglementation européenne.

Dans la zone infestée :

  • Abattage obligatoire de tous les résineux sensibles
  • Broyage ou destruction des bois
  • Intervention avant une date limite (février 2026)

 

Dans la zone tampon : 

  • Interdiction de circulation des bois et végétaux sensibles
  • Travaux forestiers soumis à autorisation
  • Surveillance renforcée. Dans certains cas, les coupes, éclaircies et transports de bois sont totalement interdits, ce qui impacte directement la filière forestière.

 

Un impact déjà visible sur la filière

Les conséquences économiques sont immédiates :

La filière forêt-bois, notamment dans les Landes, est en première ligne face à cette crise sanitaire.

 

Les autres résineux sont-ils menacés ?

Oui, mais à des degrés variables. Espèces sensibles :

  • Pins (très sensibles)
  • Certaines espèces intermédiaires comme le douglas
  • Certains sapins peuvent être concernés

Les travaux scientifiques classent les essences selon leur sensibilité, certaines étant à la fois hôtes du nématode et de son insecte vecteur.

Les feuillus sont-ils concernés ?

Les feuillus ne sont pas sensibles au nématode du pin. Ils ne constituent ni des hôtes pour le nématode, ni pour son insecte vecteur. Cela signifie que les chênaies, hêtraies ou autres peuplements feuillus ne sont pas directement menacés.

Quels risques pour l’avenir des forêts françaises ?

La situation actuelle reste sous contrôle, mais plusieurs facteurs inquiètent :

  • Un climat favorable à la propagation : le réchauffement climatique étend les zones propices au développement du nématode.
  • Une forte présence de pins en France : le massif des Landes est particulièrement vulnérable en raison de son homogénéité.
  • Un vecteur déjà présent : l’insecte responsable de la transmission est naturellement présent en France.

Faut-il s’inquiéter ?

À court terme la situation est localisée et fortement encadrée. Les mesures d’éradication sont rapides et strictes

À moyen et long terme le risque est réel si le ravageur s’installe durablement :

 

Vers une adaptation de la gestion forestière

L’arrivée du nématode du pin en France marque un tournant. Si la situation reste aujourd’hui contenue, elle impose :

  • Surveillance accrue : observation régulière des parcelles, réaction rapide en cas de doute
  • Adaptation des pratiques : diversification des essences, diversification des modes de gestion forestière, réflexion sur les itinéraires sylvicoles
  • Anticipation économique : sécurisation des débouchés, adaptation des chantiers, gestion du risque sanitaire

 

Plus qu’une crise ponctuelle, ce ravageur pourrait accélérer l’évolution des modèles forestiers vers des forêts plus diversifiées et résilientes. La forêt française ne disparaîtra pas, mais elle va évoluer, et les choix faits aujourd’hui seront déterminants pour les décennies à venir.